Ha Giang

June 13, 2017

Le voyage au Vietnam se poursuit en direction du parc géologique, où après 6 heures de route à partir de Hanoi, on arrive à un axe de circuit entre le nord-est et le nord-ouest qui longe la frontière avec la Chine, au milieu des montagnes : Ha Giang. Ouvert au public depuis quelques années, Ha Giang, à la fois ville et province, cache des paysages grandioses, mais aussi des sites incontournables comme le drapeau de Lung Cu, l’ancienne rue de Dong Van, la résidence de la famille Vuong ou celle du roi des H’Mông, et le col de Ma Pi Leng.

Malgré que Ha Giang soit l’une des provinces les plus pauvres du Vietnam, il n’en reste pas moins qu’elle a su préserver intact ses paysages séculaires et se mettre a l’écart du monde industriel.

Le plateau de Dong Van est la fierté de la province et offre de belles perspectives touristiques. Soutenue par l’Administration nationale du tourisme, ce Lieu de Partage des Cultures (Dong Van en vietnamien) se veut être un site touristique d’importance nationale. Ses paysages sauvages fascinants lui ont permis de faire partie du Réseau des parcs géologiques mondiaux de l’UNESCO.

Encore très peu connue des touristes, la ville de Dong Van (du même nom que le plateau montagneux) est située à près de 1 600 mètres d’altitude et, hormis le vieux quartier et le marché du dimanche matin, elle n’offre pas de monument ou de site particulier à visiter. Son attraction vient donc de la quarantaine de vieilles maisons, construites entre 1810 et 1820, qui font de ce vestige architectural, historique et culturel, un quartier symbolique du vivre ensemble entre les différents groupes ethniques (Hmong, Hoa, Ráy, Tày, Nùng). En effet, sa population a bien su préserver au fil des générations les caractéristiques de l’environnement et de l’activité sociale, économique et culturelle de ce lieu de partage des cultures, où les maisons, bien que similaires sur le plan architectural (habitation de un ou deux étages, toit de tuiles Ying-Yang et murs en terre séchée, donnant des conditions de vie stables à leurs habitants quelle que soit la saison) possèdent de subtiles différences propres selon la minorité ethnique. Le marché de Dong Van est alors un résume idéal pour ceux qui désirent découvrir la vie locale et aussi la culture des ethnies minoritaires.

Les hôtels dans cette province montagneuse sont sans prétention: confortable et propre, avec un équipement moderne comme l’eau chaude, l’air conditionnée, le wifi et la télé avec des chaînes anglophones, mais sans luxe, et un zeste de service. Le réveil au matin au bruit des animaux, sans le vacarme des motos ou des voitures, uniquement le son authentique de la campagne, fait oublier les défauts inhérents à une région reculée et difficile d’accès.

C’est au levée du matin d’un jour de mois de mars, sous un soleil radieux que l’on contemple le rose des fleurs des pêchers (fleur symbolique du Nouvel An au Vietnam) tel un tableau dessiné par la nature. On part donc visiter le marche de Xa Phin (là où se trouve l’ancienne palace du roi des Hmong), plus fréquenté que le marché de Dong Van et moins prestigieux que le marché de l’amour de Khau Vai -qui a lieu au mois de mai- pour faire de riches expériences et des achats de produits alimentaires et artisanaux locaux. On apprend ainsi que les villageois marchent des heures pour faire l’aller et le retour, afin de rejoindre cette place qui a une importance sociale pour les tribus de la région.

C’est sur les pas de ces villageois que l’on continue la journée par une randonnée dans ces paysages d’une beauté naturelle, très peu connus des touristes, hors des sentiers battus de Ha Giang. Ces décors karstiques exceptionnels sont tout simplement magnifiques et méritent leur renomme de paysages de montagnes les plus spectaculaires du pays: du sommet des montagnes, la vue panoramique sur les diverses vallées est fabuleuse. Les reliefs accidentés décorés de rizières à la manière des terrasses de Hoang Su Phi laissent en admiration les aventuriers en quête de trekking et de paysages sauvages.

La disposition des rizières en terrasse n’est pas anodine et trouve sa raison dans le fait que les ethnies minoritaires des régions montagneuses de Ha Giang, pour s’adapter aux conditions du terrain, divisent leur rizière en plusieurs niveaux, chaque niveaux étant un petit champ pour les agriculteurs.

Arrivé à la Porte du Ciel (Cổng trời), dont la vue spectaculaire fait penser à un paradis au milieu des nuages, on continue en véhicule pour emprunter une route appelée Route du Bonheur (Đường Hạnh Phúc), construite par la force des mains des jeunes volontaires venant des 16 minorités ethniques de la région, pour rejoindre Meo Vac. Sur la route, on admire le Col de Ma Pi Leng, à 2 000m d’altitude, qui signifie littéralement « le nez du cheval » en langue locale, comme pour rappeler le danger et la hauteur de la montagne où, à l’époque, les chevaux mouraient de fatigue en le traversant.

A Meo Vac, on fait la rencontre d’une femme de la minorité ethnique des Lolo, tribu qui voit sa population diminuer, avec moins de 10 000 personnes dans cette partie du Vietnam. Le village de la femme se situe près de Meo Vac, ou l’on y fait de la culture sur brulis et de la culture du riz dans des rizières en terrasse. L’élevage des bêtes et de la volaille permet de nourrir le village. On apprend que les Lolo sont séparés en deux groupes: les Lolo noirs (les plus riches) et les Lolo bariolés (dont les tuniques ont des motifs très colorés). Les femmes Lolo noires portent une tunique noire qui s’arrête à mi-taille et dont les avant-bras sont les seules parties qui ne sont pas noires. Les femmes Lolo bariolées ont des tuniques ornées de motifs carrés aux multiples couleurs qui couvrent tout le corps et un large bandeau orné de franges multicolores et de motifs brodés. Cela contraste avec une autre minorité, les Tay, second groupe ethnique de la province, qui vivent au pied des montagnes, près de la ville de Ha Giang, dans des maisons sur pilotis qui ont su eux aussi, préserver les valeurs culturelles traditionnelles de leurs ancêtres.

Telles les buttes jumelles de Núi Cô Tiên, les habitants de la province de Ha Giang se ressemblent dans leur sourire et leur convivialité, mais sont si différents au premier contact: à Quan Ba, les villageois sont plus réservés et très timides, refusant souvent d’être pris en photo; chez les Lolo, la population est plus ouverte; les Tay, quant à eux, sont vraiment gentils et candides. Il faut donc gagner leur confiance pour pouvoir voir ce qu’ils ont tous en commun: partager leurs traditions et leurs cultures à travers leurs rires et leurs sourires, autour d’un bon vin de blé local (Ruou Ngo en vietnamien), à l’image des Hmong qui sont très ouverts et très chaleureux. Ce circuit hors des sentiers battus au Vietnam se termine par l’image du vielle homme Hmong jouant du Khen (instrument à vent qui date de près de 3 000 ans) qui fait parti des quelques rares personnes restantes à savoir y jouer.